Orientation scolaire et désenchantement professionnel : faut-il payer deux fois ?

Nombreux sont ceux qui tentent de comprendre ce qui pousse aujourd’hui la génération “Y” à quitter l’entreprise sans crier gare. Des lettres de démission en pagaille, qui désorganisent autant l’entreprise et qu’elles ne laissent pantois les managers qui en sont destinataires.

Comment pouvons-nous interpréter ce phénomène que se généralise ? Cette nouvelle génération, en mal de sens, rêve d’une vie augmentée qu’elle peine à trouver dans la pâle réalité du quotidien. Serait-elle devenue trop exigeante, un brin idéaliste ?

Se sentirait-elle rattrapée par les tourments d’une orientation scolaire difficile, écartée quelques années plus tôt ? Aussi déstabilisée que déstabilisante, elle voit rouge lorsqu’il s’agit de s’établir, se fixer et de se tenir à des engagements dans la durée. Au final, sait-elle véritablement  après quoi elle court ?

Cette génération Y qui interroge et désarçonne

Venue au monde dans les années 80, cette génération est dite « difficile à manager, à rester concentrée […] ». Elle est « accusée d’être instable, paresseuse même parfois […] ». Elle intrigue, questionne tant elle semble rencontrer des difficultés à s’intégrer dans le monde professionnel tel qui est construit aujourd’hui.

Mais faut-il y voir une caractéristique propre aux «  Y  » ? Aujourd’hui, tout laisse à croire que la difficulté que les individus rencontrent à se positionner professionnellement dépasse de loin une spécificité générationnelle. Les reconversions n’ont jamais été aussi nombreuses et les souhaits d’entamer une réflexion en profondeur (bilans de compétences, etc…) foisonnent ici et là. Selon un sondage CSA, plus d’un français sur 5 exprime le souhaite de changer de voie au cours de sa vie professionnelle.

A leur suite, un ensemble de salariés en quête d’épanouissement

On dit de ces jeunes qu’ils recherchent « plus une mission qu’un travail, un mentor plutôt qu’un chef et veulent avant tout avoir de l’impact, de l’influence dans ce qu’ils font. Quitte à prendre le risque de tout abandonner s’ils ne l’obtiennent pas ».

Ne sont-ils pas en train de « contaminer » leurs ainés, jusqu’ici résignés à une vie professionnelle faite de hauts et de bas, car « c’est ainsi » et puisqu’ « il ne faut pas se plaindre quand on a la chance d’avoir un travail ». Nul doute qu’ils déplacent les lignes et font bouger certains codes poussiéreux.

Un constat d’échec pour l’entreprise ?

Si l’on est en droit de s’interroger sur une forme de constat d’échec pour l’entreprise qui n’a bien souvent pas réussi à effectuer suffisamment tôt sa mue pour répondre aux exigences des nouvelles générations, il est aussi nécessaire d’élargir la réflexion au-delà des structures d’emploi qui ne peuvent, en leur sein, répondre à toutes les attentes.

Nous devons considérer ce phénomène plus largement ; le désir d’obtenir une grande qualité de vie au travail est une aspiration légitime et grandissante, notamment dans des sociétés développées.

Ceci doit nous amèner à reposer la question des rôles et des responsabilités dans cette quête du bonheur.

Passer d’un désir incantatoire à une volonté proactive

Qui mieux que nous peut définir ce qui est essentiel à notre bonheur ? Ou plus exactement, qui d’autre que nous est plus légitime à définir ce qui est bon pour nous ? N’est-ce pas là le difficile exercice auquel tout être humain désireux d’exercer sa liberté  doit faire face ?

Dès le plus jeune âge, il est impératif d’apprendre à passer du « je veux, j’ai besoin de … » à « comment puis-je m’organiser pour obtenir ou me rapprocher de … ». Mais encore, dans cette longue liste de désirs pour demain, se questionner en profondeur : « quelles sont mes priorités, quels sont mes objectifs à courte échéance, et pour plus tard » ?

Au cœur du bonheur, une capacité à s’orienter

Pour cela, il faut à tout d’abord savoir identifier ce qui est essentiel à son bonheur, car cela est très personnel. Inutile de singer la vie d’un autre, mieux vaut essayer de vivre pleinement la sienne. L’enjeu est déjà assez ambitieux, semble-t-il !

Et puis, fort de ces fondamentaux de vie, il s’agit d’apprendre à les utiliser de manière fluide, pour faire des choix au quotidien, arbitrer – c’est-à-dire renoncer parfois.

L’orientation ou l’école de la vie

Finalement, travailler sur des choix d’orientation scolaire est un merveilleux terrain d’apprentissage. Dans cette réflexion, une immense opportunité est donnée au jeune de réfléchir à ce qu’il souhaite pour son avenir.

Car finalement, l’orientation scolaire ouvre la voie à une nouvelle forme d’autonomie, celle de se déterminer face à ses choix.

C’est l’occasion de poser un premier pied sur ce long chemin, où il faudra savoir prendre des décisions à la fois opportunes et cohérentes dans la durée. C’est ainsi que brique après brique se construira le succès d’une vie professionnelle épanouissante.

Axelle LARROUMET
Fondatrice du Réseau CLEDO | Orientation Professionnelle et Scolaire
Auteur de “réussir son Orientation”, ED. Hoblik, 2017
www.cledo.fr

https://www.huffingtonpost.fr/michael-dias/pourquoi-la-generation-y-est-elle-en-train-de-demissionner_a_21648282/

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